Jocelyne Béroard se raconte dans “Loin de l’amer”. Son livre autobiographique co-écrit avec Bertrand Dicale et publié par les éditions du Cherche Midi. La chanteuse décrit, de l’intérieur, quarante ans du groupe Kassav’ : les enregistrements en studio, les coulisses, les tournées mondiales, les amitiés indéfectibles avec les musiciens antillais du “groupe qui a inventé le zouk”.

Avec Kassav’, elle a fait zouker le monde entier, chanté dans des stades bondés, vécu des tournées improbables, vendu des millions d’albums et collectionné les disques d’or. Seule chanteuse de ce groupe légendaire, Jocelyne Béroard raconte pour la première fois la saga Kassav’, toutes ces années avec des musiciens devenus des amis de toute une vie.

Ces pages sont aussi celles d’une femme qui prend le temps de se raconter : l’enfance à Fort-de-France, les vidés du carnaval et les cours de piano, la pêche aux ouassous dans les rivières, la danse classique, les discussions passionnées dans les résidences étudiantes en “France”, les Beaux-Arts, la musique, ses débuts comme choriste. On y découvre une personnalité déterminée, résolue dans ses choix et ses combats en faveur de la culture créole, de l’égalité et de la fraternité.

Lecture d’À la 1ère Page : extrait de “Loin de l’amer”

Il n’y a pas eu d’esclaves chez les Béroard“, me dit un jour mon père, alors que nous discutons sur le balcon. J’en reste bouche bée. Nous sommes noirs. Et peu de Noirs sont arrivés en Martinique autrement que comme esclaves. Comment nier ainsi qui nous sommes et quel est notre passé ? J’y ai vu la manifestation de quelques plaies qui nous accablent encore aux Antilles : révision de l’Histoire, haine de soi, honte de nos origines. En fait, mon père, comme beaucoup d’autres, a trouvé une façon d’échapper à son passé.

Le nom vient de La Ciotat, près de Marseille. Joseph Béroard arrive à la Martinique un peu avant l’abolition de l’esclavage. Son petit-fils, Renaud, appelé Papa Bé à Rivière Salée, aura de son union officielle des enfants qui mourront en bas âge et d’autres enfants illégitimes de plusieurs lits, comme cela se fait beaucoup à l’époque. Il les reconnaîtra quasiment tous, tardivement.

De ce point de vue, ma famille est typiquement antillaise. Une histoire d’amour et de souffrance, de honte et de fierté, de combat et d’abnégation. Je suis d’un pays où il n’y a qu’un mot pour désigner la couleur d’un Blanc, on dit : blanc. En revanche, il existe des centaines de mots, d’images, d’injures et de métaphores pour aller du quasi blanc au très sombre, il existe une infinie subtilité de gradations et de nuances : chabin, mulâtre, chapé kouli, chabine kalazaza, nègre rouge, quarteron… J’appartiens à la première génération d’Antillais qui a cherché à vivre sans conditionner toute leur vie à leur couleur.

 

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Réalisation : Jean-Luc Benzimra

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